Sondage électoral : Source de tensions dans un pays en proie à une crise politique à répétition

MH 16:25:00 editorial
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Faire des sondages d’opinion en période électorale est une pratique internationale et il n’y a rien de mal à cela. Et la loi électorale n’interdit pas la publication des résultats des sondages sauf pendant la campagne électorale, article 118 de la Loi organique n° 2018-008 du 03 mai 2018 relative au régime général des élections et des référendums. Mais dans un pays où la conjoncture politique, économique et sociale reste fragile et où l’alternance au pouvoir est rarement démocratique après des années d’indépendance, la publication d’intentions de vote présente des risques car elle pourrait être source de tensions ou de manipulation des masses. Donc, est-il opportun d’organiser un débat sur le résultat d’un sondage au nom de la démocratie ? Ne constitue-il pas plutôt une nuisance à la démocratie car peut influencer les tendances de votes ?

Le pays vient de subir une crise au mois d’avril avec la manifestation initiée par les députés, à part les différents secteurs publics et privés partiellement paralysés, c’est le secteur éducatif qui a le plus souffert car les enseignants ont sauté sur l’occasion pour réclamer leur dû. L’organisation des élections anticipées a été prise afin d’y mettre un terme, une fin plutôt heureuse car cela a permis d’avancer et de ne pas s’éterniser sur des problèmes politiques ayant des effets très néfastes sur l’économie du pays.

Tout cela pour dire que la démocratie à Madagascar et dans la plupart des pays d’Afrique est encore au stade embryonnaire. Le sens de la démocratie se limite-t-elle à la liberté de pensée, d’expression, de manifestation, d’organiser des élections. C’est la liberté et le droit de sortir de la pauvreté qui sont très importants, donc, la démocratie doit d’abord être un état d’esprit pour tous les Africains afin que chaque pays puisse profiter de ses avantages. Dans les pays occidentaux, il y a un lien étroit entre démocratie et développement. Mais bizarrement bizarre, il est loin d’être le cas en Afrique où la situation reste stationnaire depuis l’indépendance.

On sait que la Fondation Friedrich Ebert Stiftung participe activement à la promotion de la « démocratie » à Madagascar et l’opinion s’attend à voir l’organisation des élections libres, transparentes et acceptées par tous. Mais la réalité est que la crise est cyclique à Madagascar, il n’est pas nécessaire de faire des explications pour montrer que c’est récurrent. A part la question sur la  fiabilité des méthodes utilisées qui comporteront toujours des biais, la représentativité de l’échantillon, l’interprétation des résultats obtenus et notamment la manipulation de ces résultats par les candidats en lice et leur partisan, la FES et la revue Politika Madagascar peuvent s’interroger sur la fragilité de la situation au pays et se poser la question d’équité et d’éthique.

Certes le sondage est interprété comme un instrument de mesure et de compréhension des rapports de force, mais en suivant de près les différentes gesticulations des candidats durant la période préélectorale, il deviendra un instrument de propagande pour les supposés favoris ou ceux qui se disent bien en vue. De plus, la commission électorale indépendante semble inerte face aux irrégularités constatées. Ce qui amène à dire que le choix des électeurs peut être influencé par les résultats du sondage. Ceux qui pensent débattre à partir des chiffres travaillent davantage pour la propagande électorale de certains candidats en influençant les électeurs mais par-dessus tout, ils sèment le doute dans l’inconscience des électeurs ou les amène à faire des votes stratégiques. D’après le président de PollingVox, «On vote pour savoir qui va diriger concrètement la cité, pas pour trouver le candidat idéal qui correspond exactement à nos convictions. »

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