Serge Zafimahova est pour la suppression des 70 permis d’exploitation délivrés pendant la Transition

Ralay 17:07:00 economie
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Plus que neuf jours et adieu l’année 2016. A cette période de l’année, il est nécessaire d’effectuer un rétrospectif des actions passées ainsi que de fixer de nouvelles résolutions pour l’année à venir. Une situation qui est aussi valable pour le pays. Un des sujets fracassant qui a marqué l’année 2016 et qui mérite d’être encore revu est l’affaire soamahamanina. En effet, le cas de Soamahamanina n’est pas à prendre à la légère car il touche à la fois le volet politique, social et économique du pays. Serge Zafimahova, président du Club Développement et Ethique exprime son point de vue sur le sujet et sur le secteur minier dans le pays en général.

Invité dans une émission sur une chaine de télévision, Serge Zafimahova soutient que la tournure qu’a prise l’exploitation aurifère de la compagnie chinoise à Soamahamanina est due à un manque de transparence ainsi qu’à une insuffisance d’implication de la population locale. En effet, il a expliqué que sur les 75 personnes convoquées pour la consultation publique avant le début de l’exploitation, seulement 14 représentaient la population de la commune concernée. « 14 personnes ne suffisent pas à représenter des milliers de villageois, » a-t-il ajouté. Par ailleurs, il a également soutenu que l’affaire présente un conflit d’intérêt car selon lui, la personne qui a travaillé au sein de la société ayant vendu le permis d’exploitation à la société chinoise est également membre du conseil d’administration du Bureau des cadastres miniers de Madagascar ou BCMM.

Une situation qui d’après ses dires a été cachée au grand public ou du moins a été étouffée. Pourquoi cacher une telle information s’il n’y a pas anguille sous roche ? Mais outre ces problèmes de communication, il a également martelé que le code minier est également à revoir, à commencer par la superficie exploitable délivrée dans le permis d’exploitation, puis la durée de l’exploitation entre autre. « 100 000 ha c’est beaucoup trop. Et la durée d’exploitation est aussi un problème. A ma connaissance, il n’y a que Madagascar qui délivre un permis pour 40 ans avec l’existence d’une durée supplémentaire de 20 ans renouvelable à l’infini. » Nous sommes sans savoir que nos ressources ne sont pas illimitées et avec ce genre de loi, la génération future pourrait ne plus rien avoir. 

Partenariat international

Malgré tout ce qui s’est passé à Soamahamanina et les failles qui ont été évoquées, le président du Club Développement Ethique (CDE) affirme toutefois que l’exploitation des ressources minières est un moyen efficace pour avancer vers le développement économique. Toutefois, jusqu’à maintenant, il est encore impossible pour nous de procéder nous même à cette exploitation car nous n’avons ni la maîtrise des techniques, ni les sociétés adéquates ni les fonds nécessaires non plus. Nous avons donc besoin de collaborer avec des investisseurs et sociétés étrangères. Une réalité que beaucoup de gens semblent avoir oublié.

« Les ressources internes du pays sont trop faibles, c’est pour cela que nous sollicitons l’aide des investisseurs et des bailleurs de fonds. Le problème c’est que nous dénigrons toujours ceux qui veulent bien nous tendre la main. Comment voulez-vous qu’on s’en sorte avec ce genre d’attitude ? » Pour lui donc, le développement du secteur minier et du pays en général doit se faire avec les étrangers.

Géopolitique et géostratégie

Serge Zafimahova a été clair sur le sujet : que ce soit les Chinois ou d’autres étrangers, le pays a besoin d’investisseurs pour avancer et surtout pour exploiter les mines. Sur ce secteur, il a tout de même émis quelques réserves. Tout d’abord, il soutient que c’est l’exploitation aurifère en particulier qui engendre beaucoup de problèmes et non l’exploitation des ressources minières en générale en raison de la concurrence qui existe dans ce domaine. « Notre or est d’une valeur inestimable. Elle fait partie des plus chères sur le marché international. Le problème c’est que chez nous ce sont surtout les Karana qui se sont appropriés de son exploitation et maintenant les Chinois », a-t-il affirmé.

En effet, ces « nouveaux chinois » qui s’intéressent à nos richesses minières font partie « d’un réseau de triades chinoises venant de Foshan », une ville dans la province du Guangdong dans le Sud de la Chine. Ce réseau est réputé pour des vols qualifiés, enlèvement et d'agression intentionnelle, d'extorsion, rixe, possession illégale d'armes à feu et de munitions, selon un site internet. Et ces gens- là n’ont aucune considération pour les valeurs humaines. S’ils sont ici pour exploiter l’or, ils le feront sans aucun état d’âme. Et Zafimahova d’affirmer que ce réseau est déjà présent dans l’île. Selon lui, les investisseurs chinois sérieux ne sont pas encore vraiment convaincus d’investir chez nous, ils attendent encore de voir l’évolution de l’Etat de droit et de la gouvernance. Il est donc dans notre intérêt de les séduire car la Chine est actuellement la première puissance mondiale et le plus grand investisseur dans le monde. « Il y a quelques mois, la Chine avait déclaré qu’ils allaient limiter leurs investissements à travers le monde. Les occidentaux sont effrayés à cette idée car ils veulent garder la Chine comme partenaire. »

En somme donc, Serge Zafimahova est pour l’exploitation minière par les étrangers mais sous conditions. Pour lui, avant tout, tous les permis délivrés lors de la transition devront être supprimés, ils sont au nombre de 70. Il n’est pas permis de délivrer de telle autorisation pendant la période transitoire, stipule la feuille de route. Ensuite, il suggère que le code minier soit révisé pour préserver la génération future. Pour lui, la collaboration avec les étrangers dans le secteur extractif est inévitable mais qu’il est nécessaire qu’on protège l’intérêt du pays et toutes les négociations devront se faire dans ce sens et dans la plus grande transparence. Et pour cela, la Grande île devrait se tourner vers des pays comme les États-Unis, le Japon, la chine, le Canada, l’Allemagne, la Corée, l’Indonésie, la Thaïlande… mais il ne faut tout même pas qu’on accorde à n’importe qui notre confiance.

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