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Miroir, mon Beau Miroir, je Veux Être Calife à la place du Calife…

J. Randria 13:20:00 editorial
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2017 s’achève et les médias régionaux et internationaux se lancent tous à la poursuite de ceux et celles qu’ils considèrent comme personnalités politiques, économiques ou sociales qui auront marqué l’année. Les critères de sélection diffèrent grandement d’un magazine à l’autre, de même en ce qui concerne la qualité des jurys et des exigences requises pour une validation. Si de hautes personnalités se sont clairement distinguées durant l’année et méritent sans contestation une nomination, un prix, il est également connu que des personnalités en mal de reconnaissance, ou souhaitant se faire connaître, profitent de cette occasion pour faire parler d’eux, par tous moyens….

Madagascar n’échappe pas à la règle cette année avec Marc Ravalomanana, ancien Président de la République déchu qui a réussi à se remettre en selle politiquement auprès de ses partisans en se faisant nommer Conseiller Spécial de la Maire de la Capitale malgache, pour en fin de compte régner en maître au sein de la Commune Urbaine. Il a recalé sa femme initialement élue Première Magistrate de la Ville des Mille au second plan, d’où son surnom de « Président de la Mairie ». Nul n’ignore que Mme Lalao Ravalomanana a été présentée pour se substituer à son mari pour garder une mainmise sur Antananarivo, pour en faire une caisse de résonnance pour (re)lancer ses ambitions présidentielles. Tout comme à ses débuts, Marc Ravalomanana, « Dada » pour ses partisans, compte sur une partie de la population tananarivienne acquise à sa cause, même si celle-ci tend inexorablement à se réduire.

Pour parvenir à ses fins, il lui est également nécessaire de se refaire une place sur la scène régionale et internationale notamment pour montrer à ses partisans et potentiels électeurs qu’il est toujours aussi important et reconnu dans le monde. Le film « Return of a President » sorti en février dernier (qui donne sa version de sa vie en exil à la suite de la crise de 2009, qui l’a décidé à fuir lâchement la Grande Île après avoir remis les pleins pouvoir à un Directoire Militaire et qui a entraîné la prise de pouvoir par Andry Rajoelina)  ainsi que toutes ses tentatives de retour et les moults négociations menées sous l’égide des organisations régionales et particulièrement la SADC jusqu’en 2014 n’ont pourtant pas eu l’effet escompté en dehors de ses fidèles partisans.

Ses diverses tentatives de reprendre le pouvoir que ce soit sur le plan économique, en tentant vainement de prendre la présidence du FIVMPAMA (groupement des opérateurs malagasy) ou en tentant de nouveau de manipuler les protestants de l’île en ravissant le titre de Président de la célébration du 50e anniversaire de la FJKM, n’ont pas payé. Même si Madagascar est un pays laïc, il est de tradition d’inviter les chefs d’institution dont le Président de la République lors des évènements comme une telle célébration.

A plusieurs reprises, les règles protocolaires ont fait que ce soit le Président en exercice qui prime sur ses prédécesseurs. Si Didier Ratsiraka et Andry Rajoelina ont respecté ces règles, la frustration de Marc Ravalomanana, faisant ressortir  sa vraie personnalité, s’est faite remarquée lors de ces festivités, l’amenant à mépriser les institutions religieuses en quittant la cérémonie en pleine célébration, faute de pouvoir se mettre en avant sur la scène.

En finançant une campagne internationale très offensive à travers des tribunes très critiques dans certains grands médias internationaux depuis quelques mois, « Dada » et ses partisans veulent – en présentant Madagascar uniquement sous des angles négatifs – faire valoir qu’ils sont les seuls à savoir ce qui est bien et comment sauver Madagascar, tout en se faisant passer pour des victimes depuis 2009 (sic).

Faut-il rappeler qu’il a lui-même plombé l’embellie économique qu’il avait pourtant commencé à apporter quand il était à la tête de l’Etat? Est-il besoin de rappeler ses dérives autoritaires et son sentiment de tout-permis et d’invincibilité qui l’ont amené à vouloir diriger l’économie de Madagascar - appelé « l’Etat-Tiko » à cette époque –comme étant sa propriété personnelle et à prendre le monopole dans tous les domaines à travers son Groupe ?

Cette mainmise mêlée à de multiples opérations opaques associées à de la corruption et d’abus des prérogatives de puissance publique incluant les contrats miniers et les fameuses affaires Air Force II et Daewoo ont fini par pousser la Communauté Internationale à couper les vannes des financements dès l’année 2008.

Mais Marc Ravalomanana est aussi un des premiers politiciens malagasy à avoir compris la force de l’apparence par la manipulation de la communication. Se faisant passer tantôt pour messie, tantôt pour victime voire martyre, il a toujours su machiavéliquement jouer avec son image dans les médias et en public. Bénéficiant d’un fort et large réseau de communicateurs acquis à sa cause en Europe et aux Etats-Unis pour l’extérieur, et d’une grande possibilité d’accès aux réseaux sociaux pour continuer à rallier et enjouer ses partisans sur le plan national – principalement sur les Hautes-Terres qui regroupent son vivier d’électeurs – il joue son va-tout, à un an de  la prochaine élection présidentielle, pour tenter de se remettre au-devant de la scène.

A la recherche d’une légitimité, se sachant menacé d’une disqualification d’office en raison de sa condamnation par contumace en juin 2009 à une peine de quatre ans de prison pour « conflits d’intérêts » dans l’achat de l’avion présidentiel de 2008 et aux travaux forcés à perpétuité en août 2010 car reconnu par la Justice de meurtre et de complicité de meurtre pour la mort d’une trentaine de manifestants en février 2009, l’ancien président use de ses dernières cartouches pour tenter de « légitimer » et « blanchir » sa candidature déjà annoncée. Il essaye à tout prix de séduire l’opinion internationale et se faire valoir, notamment aux yeux de certains diplomates en poste à Antananarivo pour que ces derniers influent sur la validation de sa candidature en dépit des évidences.

Profitant des fameux Awards of the Year qui fleurissent dans les médias à travers le monde, Marc Ravalomanana a été proposé comme personnalité de l’Année dans la catégorie Leadership Politique de l’African Leadership Magazine où il concoure face, entres autres, aux Présidents nigérien, kenyan et libérien en exercice. Sans chercher à rentrer dans les méandres de la diplomatie et des relations internationales, nul n’est sans savoir que chacun de ces trois présidents sont à la recherche de légitimité et de crédibilité. Le premier est resté absent de son pays 6 mois de l’année pour les passer à Londres pour des raisons de santé mais qui demeurent un secret d’Etat, se faisant remplacer par son Vice-Président. Le deuxième s’est vu annulé par la Cour Suprême les résultats de l’élection présidentielle le donnant gagnant au mois d’Août et sa victoire lors de nouveaux scrutins fin octobre a été largement contestée par la société civile, les observateurs et les médias internationaux. Quant à la troisième, cette tentative de redorer son image demeurera vaine, l’adversaire de son vice-président candidat, Georges Weah, ancien international du football, est en passe de lui ravir sa place en tant que nouveau Président du Libéria.

Par ailleurs, média très largement méconnu auprès de beaucoup de nos confrères africains, ce n’est pas tant la légitimité d’African Leadership Magazine qui est en cause MAIS la crédibilité même de la procédure de sélection et du mode de proposition des candidats.

N’importe qui d’un peu connu voire d’inconnu, occupant ou ayant occupé une certaine fonction ou position, peut être présenté par tout lecteur lambda. Le tout est de constituer un réservoir de votants et de nombre de click-vote pour faire passer son candidat en tête et le faire gagner, ce qui diffère d’une proposition et d’un vote effectué par un vrai jury de professionnels

A force de vouloir briller et de ravir la pole position, à force de vouloir être Calife à la place du Calife, à l’image d’Iznogood (He’s No Good) qui s’accroche à tous les râteliers et à tous vils plans, Marc Ravalomanana réussit plus à ternir sa crédibilité qu’il ne la redore… sauf aux yeux de ses fidèles adorateurs. Pour Ellen Johnson Sirleaf, sa nomination ne semble en tous cas pas lui avoir porté chance.

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