Maltraitances en prison : Le cas de Manakara a permis de crever l’abcès

AR 11:37:00 Actualité
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Le tribunal de Manakara a condamné, mercredi dernier, trois agents pénitentiaires à 2 ans d’emprisonnement ferme tandis que le quatrième a écopé de 6 mois de prison avec sursis, suite à une plainte déposée par un ancien détenu pour maltraitances. Un jugement qui a tout de suite été vivement contesté par des agents pénitentiaires qui sont venus en masse au procès. Et hier, le SMM (Syndicat des Magistrats de Madagascar) a condamné fermement le refus d’application de ce jugement du tribunal; alors que les agents pénitentiaires avancent la légitime défense et la prise de responsabilité face à une tentative d’évasion dudit prisonnier. Ce qui soulève la question sur la légitimité et la légalité de la violence en prison puisque, dans leur métier, les agents pénitentiaires peuvent user de la force et sont même armés.

La ville de Manakara en effervescence

Dans la matinée du mercredi 31 mai, après avoir manifesté leur mécontentement, les agents pénitentiaires ont décampé du tribunal, en emmenant avec eux les autres prévenus qui devaient être jugés ce jour-là. Et de retour à la maison centrale de Manakara, ils se sont enfermés à double tour avec l’inscription qu’ils étaient en grève. Cette action a immédiatement été appuyée par le syndicat du personnel de l’administration pénitentiaire de Madagascar (SPAPM) qui a tenu une réunion d’urgence, l’après-midi même. Le président du syndicat, Diderot César Rialy, a d’ailleurs témoigné son soutien et sa solidarité à leurs collègues qui, selon lui, étaient victimes d’injustice.

Et alors qu’on craignait une généralisation du mouvement, dans tous les établissements pénitentiaires, le Directeur général de l'administration pénitentiaire, Désiré Randrianandrasana, a rassuré que la grève  prendra vite fin puisqu’il s’agissait juste d’une réaction à chaud. Les agents pénitentiaires qui ont été condamnés peuvent toujours faire appel pour le jugement rendu mercredi. Et une enquête approfondie permettra aux responsables d’être fixée sur la situation et prendre les mesures appropriées.

La violence carcérale en question

Un atelier a été annoncé hier pour discuter et trouver des solutions aux problèmes auxquels les personnels des prisons sont confrontés, notamment la violence. Cette dernière concerne à la fois les détenus comme les gardiens de prison. Car, selon Randrianandrasana Désiré, un gardien de prison a été grièvement blessé lors d’une tentative d’évasion des prisonniers à Analalava le mois dernier. Mais le plus souvent, ce sont les prisonniers qui sont victimes de violence et de maltraitances.

Les traitements dégradants et inhumains contre les détenus dans les établissements pénitentiaires sont contraires à la convention internationale pour les droits de l’homme que Madagascar a signé. Et justement, il y a deux mois, le procureur de Manakara a sensibilisé les détenus de la maison carcérale sur l’illégalité des maltraitances en prison. Et c’est ce qui a d’ailleurs encouragé un détenu à déposer une plainte contre ces quatre agents pénitentiaires. Et pour une fois, la violence carcérale a été portée devant le tribunal de Manakara. Car qu’elle soit légitime ou pas, cette réalité ne devrait pas passer sous silence.

 

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