« Pas de négociation sans démission » : Le jusqu’au-boutisme des députés meneurs de grève

MH 14:07:00 editorial
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A en entendre le discours de la députée Hanitra Razafimantsoa ce jour à Analakely, le collectif des 73 députés ne vont entamer aucun dialogue ni de négociation avec les dirigeants afin de résoudre la crise. La raison est qu’il exige la démission du Président de la République et celle des membres du gouvernement avant tout.

L’on sait que des médiateurs internationaux sont successivement venus à Madagascar depuis le début de cette crise, on a vu l’émissaire de la SADC Joachim Chissano, puis ceux de l’Union africaine et de l’ONU. La réponse des grévistes a été claire, ils refusent toute médiation internationale mais cherchent une rencontre malgacho-malgache.

Ainsi, les meneurs imposent leur condition. Au début, ils ont demandé la refonte, puis le contrôle de constitutionnalité des projets de lois électorales sources des tensions, récemment, la HCC a « extirpé » les différents points qui ont provoqué la crise, ils ont durci leur position en avouant que ces requêtes ne sont que des « prétextes ». Le mouvement a pour seul but de pousser Rajaonarimampianina à la démission. Car « le peuple » en a marre de la corruption, de la misère et du marasme économique actuel qui a, selon Hanitra Razafimanantsoa, débuté avec son mandat.

On impute à une seule personne tout ce qui n’a pas marché dans ce pays, c’est Rajaonarimampianina la source des problèmes à Madagascar. Une situation qui rappelle celle de 1972 où les gens en ont marre de Tsiranana Philibert, celle de 1991 où Ratsiraka est le grand problème du pays, de 2002 où encore Ratsiraka a appauvri Madagascar et enfin de 2009 où Ravalomanana le dictateur et le tyran conduit le pays comme son entreprise.

Qui veut le changement et qui veut changer ?

Nous nous demandons, quand est-ce que les Malgaches apprennent à ne plus aduler le Président de la République qui qu’il soit. A trop attendre qu’un seul homme a le pouvoir de changer tout un pays et d’apporter un changement tangible pour 22 millions de Malgaches en peu de temps, ces derniers commencent à être impatients de voir ce qui ne va jamais s’opérer d’un coup de baguette magique. « Jamais s’opérer » car une seule personne, aidée ou non de son parti politique, ne va pouvoir opérer un changement qu’à un certain niveau.

Le plus grand changement qu’on attend surtout c’est celui de chaque individu. La décision de tout un chacun de ne plus participer à des corruptions directes ou indirectes, de travailler dur pour gagner sa vie et non pas de faire des « dirty business » et des tromperies de tout genre pour s’enrichir vite et bien, de répondre à des appels d’offres publiques sans percevoir des marges de bénéfices excessifs, vraiment excessifs pour pouvoir satisfaire les requêtes de 8 ou 10% des responsables des marchés publics et son engouement à la richesse, de chercher l’intérêt commun etc.

Le jusqu’au-boutisme mène où ?

Dans une crise, ceux qui pensent en position de force durcissent toujours leur position quand vient le moment où les médiateurs cherchent à établir le dialogue. Il n’est pas étonnant de constater ce refus au dialogue malgré qu’une partie de leur doléance ait été satisfaite. Mais le hic ici, c’est qu’ils se disent député du changement, mais quel changement espère-t-on de cette attitude jusqu’au-boutiste ? Car quoi que l’Etat aille fait pour aller dans le sens de la paix, ils n’ont rien à foutre, ils ne pensent  qu’à leur objectif. Donc, à quoi bon prôner le changement si au fond, eux-mêmes, ne sont pas prêts à être le changement qu’ils veulent voir. L’appel au calme et au dialogue est pour le moment chose vaine. Donc, si jamais, ils arrivent (ou plutôt reprend) au pouvoir, il est sûr que les futurs partis qui vont les destituer refont la même chose. Quel changement !!!

La page de l’observatoire des crises à Madagascar rappelle que les crises sont l’une des causes de la performance économique très médiocre de Madagascar. A chaque période de croissance correspond une crise. Cependant Madagascar a traversé 6 crises politiques, sociales et institutionnelles depuis son indépendance. Puisque les antagonistes refusent le dialogue, qu’est-ce qu’on peut faire pour mettre fin à la crise ? La démission de l’actuel président, la dissolution de l’Assemblée nationale ou l’anticipation des futures élections,  les conséquences sont les mêmes, la performance économique, déjà médiocre, se dégrade et Madagascar repart à zéro.

Matière à réflexion.

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